Être — trop, ou ne pas être — assez, voilà la question.
Par Lionel Drouvin — Médiateur & Coach en relation

Hamlet et les traductions qui m'ont intrigué
Je ne m'étais jamais vraiment intéressé à l'histoire d'Hamlet, prince de Danemark, ni à l'œuvre de Shakespeare, je l'avoue. Ce sont les traductions en français de l'acte III scène 1 de cette pièce — le fameux « To be or not to be, that is the question » — réalisées par plusieurs écrivains qui m'ont intrigué. Voltaire, Dumas, Hugo, Gide, Bonnefoy, Déprats — chacun a traduit le texte de Shakespeare, avec ses mots, son époque, sa sensibilité. Et pourtant, derrière chaque traduction, la même tension fondamentale — et fatale — demeure.
Cette scène s'inscrit dans une histoire d’homicide, de vengeance familiale, d'alliance et de folie — semble-t-il simulée. Elle met en lumière un tiraillement entre deux choses opposées. D'un côté, quelque chose de connu et de difficile — la vie, même inconfortable. De l'autre, quelque chose d'inconnu et perçu, pensé ou cru comme encore plus difficile — les affres d'après la mort, possiblement insupportables.
To be or not to be. Être ou ne pas être. Mais ce que j'entends dans cette question, c'est autre chose. C'est : être — trop — ou n’être pas — assez.
Le tiraillement — ce que c'est vraiment
Un tiraillement conflictuel, c'est l'expression d'une contradiction, d'un désaccord, d'une division qui crée en nous des tensions à la fois physiques et psychiques. Ce sont deux opposés qui nous attirent simultanément, à une fréquence élevée et souvent inconscientisée.
Exemples :
Le tiraillement entre le besoin d'être libre et indépendant — et celui d'être inclus, de faire partie du groupe.
Le besoin d'explorer, de s'aventurer — et celui de rester dans la sécurité de sa grotte, au sein de sa tribu.
Le désir de s'affirmer — et la peur de déplaire.
Ces exemples semblent opposés. Et pourtant, ils sont connectés. Ils se répondent et s'alimentent mutuellement. Et derrière chacun d'eux, une qualité naturelle et un besoin réel attendent d'être reconnus.
Dans le tiraillement, je vois la prédominance de la peur. Plus précisément, je vois deux formes de peur qui semblent a priori opposées — mais qui en réalité communiquent, s'invectivent et se répondent, parfois violemment, alimentant alors un « conflit intérieur ».
Les deux peurs — sur-adaptation et sous-adaptation
La peur de ne pas être assez — celle qui nous pousse à nous sur-adapter.
Derrière elle, des qualités avec lesquelles on a construit son identité. Celles par lesquelles on attend d'être reconnu par son entourage. Par exemple : être quelqu'un d'empathique, de rigoureux, d'actif, d'attentionné. Et liée à cette qualité, un besoin que l'on parvient plus ou moins à satisfaire.
Cependant, ces qualités sont quelque peu esseulées — voire orphelines. Elles manquent d'assise, de fondation. Elles vacillent et ne demandent qu'à être stabilisées. Sans cette stabilité, elles ont tendance à basculer dans leur excès — l'empathie vers la fusion, la rigueur vers le perfectionnisme, l'activité vers l'agitation ou le survoltage.
La peur d'être trop — celle qui nous pousse à nous sous-adapter.
Derrière elle, un énorme vide laissé par plusieurs de nos qualités dont on s'est interdit l'accès. Des qualités jugées inadéquates, voire dangereuses dans notre environnement d'origine, par nos parents, ou les personnes qui ont joué ce rôle. Ces qualités, on les a instantanément perçues comme un danger pour soi — en tout lieu et pour toujours.
Par exemple : être joyeux, affirmé, libre n'était tout simplement pas acceptable dans notre environnement familial. Alors on l'a mise de côté. On l'a enfouie. On s'en est interdit l'accès — pour survivre, pour être inclus, pour être aimé.
Et pourtant, ces qualités sont réelles et bien présentes en nous. Chacune d’elle est là pour nourrir un besoin qu'on a été poussé à oublier. Un besoin réel, essentiel — qui attend d'être reconnu.
Le mécanisme — l'écran de fumée du conflit intérieur
Attachées l'une à l'autre, ces deux peurs forment un écran de fumée. Un brouillard plus ou moins épais selon les moments, selon les contextes, selon les relations. Un voile qui nous tient et nous maintient dans la confusion.
Elles nous font confondre la qualité et son expression excessive — une expression propre à chacun·e, façonnée par notre histoire personnelle. Et elles installent un mécanisme psychique puissant — générateur de conflits — dès l'enfance.
Ce mécanisme repose sur un état de privation et de manque. La qualité stabilisée manque de fondation. La qualité interdite creuse un vide. Et ce double manque, on tente de le combler — souvent sans le savoir — par des stratégies compensatoires, des addictions à des besoins artificiels qui favorisent les frustrations en tout genre.
Le cercle se referme. La sur-adaptation épuise et éteint à petit feu. La sous-adaptation isole et alimente la guerre. Et le conflit intérieur — ce tiraillement permanent entre être trop et ne pas être assez — continue de s'alimenter, comme deux adversaires qui s'affrontent sans jamais se reconnaître ni se voir vraiment. Et sans vouloir s’entendre, jamais.
Comment cesser d'alimenter ce mécanisme ? Comment nous réapproprier l'usage de toutes nos qualités naturelles, nourrir nos besoins réels, et combler nous-même le manque créé dans la prime enfance — sans exiger de l'autre qu'il le fasse à notre place, ce qu'il ne peut pas faire ?
Pour moi, c'est à chacun de trouver son chemin. Et sur ce chemin, quelques personnes aidantes, aimantes se présentent immanquablement.
La médiation intérieure — le chemin de la Boussole
Je sais que nous avons les capacités et la responsabilité de combler ce manque. Cela commence — simplement — par prendre la décision de nous réapproprier pleinement nos qualités naturelles. Puis, par éclairer et dissiper concrètement les confusions dans lesquelles le mécanisme nous plonge. Enfin, par réaliser des alliances que nous préjugions jusque-là improbables, voire impossibles : bien être dans le connu et dans l'inconnu.
C'est ici qu'intervient la notion de médiation intérieure.
En médiation entre deux personnes, mon rôle n'est pas de trancher, ni de juger. Il est de créer les conditions dans lesquelles chacune peut s'exprimer, être entendue, et retrouver sa capacité à entrer en relation avec l'autre — par-delà le conflit. Et de là, trouver les solutions inaccessibles jusque-là.
La médiation intérieure suit le même chemin. Il s'agit de créer les conditions dans lesquelles les deux parts ou expressions de soi — la qualité qui vacille et celle qui attend votre autorisation — peuvent se rencontrer, se reconnaître, et s'allier.
Non pas fusionner. Non pas se neutraliser. Mais exister l’une et l’autre. S'allier. Produire ensemble quelque chose qu'aucune des deux ne pourrait créer seule.
C'est précisément ce que propose la Boussole relationnelle — un outil que j'ai développé pour accompagner ce chemin de retour à soi. Elle cartographie ce qui se joue en nous — nos qualités naturelles, leurs excès, nos besoins réels — et crée les conditions pour que nous retrouvions le chemin vers nous-même. Vers cette alliance intérieure qui nous permet de bien être et bien vivre dans le connu comme dans l'inconnu.
La Boussole n'est pas un diagnostic. C'est une invitation à regarder ce qui se joue, à aller voir ce qui coince dans le nœud-même du conflit — sans jugement, à votre rythme.
Vous pouvez prendre le temps de questionner le tiraillement qui vous habite en ce moment. De connaître la qualité qui attend d'être stabilisée — et celle qui attend encore votre autorisation. Et de retrouver certains de vos besoins réels oubliés.
→ Découvrez la Boussole relationnelle en accès libre : https://lioneldrouvin.github.io/boussole-relationnelle/
Pour aller plus loin
Entrer en médiation — une opportunité de se retrouver → https://www.lioneldrouvin.com/post/entrer-en-mediation-opportunite-pour-se-retrouver
La résonance sensible → https://www.lioneldrouvin.com/post/resonance-sensible-conflits-relations
Un conflit résolu ne suffit pas → https://www.lioneldrouvin.com/post/un-conflit-resolu-ne-suffit-pas
✦ Découvrez mon approche → lioneldrouvin.com
Je suis médiateur et coach en relation. J'accompagne dirigeants, entrepreneurs et responsables d'association à traverser les conflits, transformer les dynamiques relationnelles et avancer ensemble pour le meilleur — en Hauts-de-France.



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