La résonance sensible —
- Lionel Drouvin
- 27 juin
- 5 min de lecture
Ce qui s'embrase entre certaines personnes
Par Lionel Drouvin — Médiateur & Coach en relation

Pourquoi certaines personnes nous mettent-elles hors de nous comme aucune autre ? Pourquoi ce collègue, cet associé, ce proche — et pas un autre ? À l’inverse de certaines personnes avec qui tout est fluide et simple ? Cet article explore ce phénomène que j'appelle "La résonance sensible" — et notamment son aspect destructeur — ce qui se connecte, s'embrase et peut aussi, quand les conditions changent, créer quelque chose de nouveau et de bon.
Une scène familière
Sophie et Thomas travaillent ensemble depuis deux ans. Globalement, ça se passe bien. Ils se respectent. Mais depuis quelques mois, quelque chose a changé. Dans certaines réunions — sans qu'on sache vraiment pourquoi — quelque chose s'embrase. La tension monte chez l'un, ce qui fait instantanément monter la pression chez l'autre. La spirale s'emballe jusqu’à se refermer en cercle de captivité. Chacun se réfugie de plus en plus dans son retranchement machinal, ce qui alimente aussitôt la réaction excessive habituelle chez l'autre.
Ni Sophie ni Thomas ne comprend vraiment ce qui se passe. Car sous l'emprise d'une sensation d'agression partagée, l'attention de chacun est occupée à la défense de son pré-carré, de son espace d'intimité personnelle.
Ce n'est pas un problème de personnalités incompatibles.
C'est "La résonance sensible" à l'œuvre.
Une vibration — pas un défaut de caractère
Ce phénomène que j'observe régulièrement — dans les équipes, entre associés, entre dirigeants et collaborateurs, mais aussi dans les couples et les familles — repose sur un mécanisme précis.
Les manques d'une personne n'entrent pas en résonance avec les manques de toutes celles qu'elle rencontre. Non — ça s'active seulement avec certaines d'entre elles. Comme si une information voyageait sur une fréquence particulière, sur une longueur d’onde précise nécessaire pour que les mécanismes de deux personnes se connectent, se répondent et s'alimentent mutuellement.
Ce n'est pas un défaut de caractère. C'est une vibration.
Dans cette interaction, l'excès qui piège l'un met l'autre en allergie. Et vice-versa. Deux systèmes en veille chacun de leur côté — mais qui, lorsqu'ils se trouvent, s'alimentent mutuellement et poussent chaque personne dans des excès qui vont crescendo.
Au cœur de cet emballement — ce ne sont pas deux adultes qui s'affrontent. Ce sont deux enfants blessés qui se reconnaissent et s'invectivent — tentant avec une mono-stratégie automatique et maladroite de sortir de l'isolement et des manques dont ils sont porteurs depuis longtemps — des manques auxquels ils s'attachent à leur insu, et pas pour le meilleur.
Le cyclone — quand les conditions sont réunies
Pour comprendre comment cette résonance peut s'emballer jusqu'à devenir destructrice, j'aime l'image du cyclone.
Un cyclone ne naît pas de nulle part. Il part d'une instabilité atmosphérique préexistante — comme tout front orageux. Mais pour devenir cyclone, il a besoin d'un carburant précis : des eaux de surface suffisamment chaudes, sur une épaisseur d'eau suffisante. C'est cet apport de chaleur et d'humidité qui amorce la machine cyclonique — et décuple la puissance des cellules orageuses qui se mettent en place.
C'est la raison pour laquelle beaucoup d'orages sur la planète ne deviennent jamais cyclone. Les conditions ne sont pas réunies.
La résonance sensible fonctionne de la même façon.
Deux personnes peuvent se croiser, travailler ensemble, se frotter sans que la machine s'emballe. Le mécanisme de l'un ne trouve pas dans celui de l'autre le carburant nécessaire. Il reste en veille, en tout cas dans la situation donnée.
Mais quand les conditions sont réunies — quand le manque de l'un correspond exactement à l'excès de l'autre, et vice-versa — la machine s'amorce. Et si personne ne voit ce qui se passe, si personne n'éclaire le mécanisme — la pression monte, la machine s'emballe, et ce qui aurait pu rester un orage devient cyclone.
La résonance créatrice — l'autre face du phénomène

La résonance sensible n'est pas toujours destructrice.
Il existe une autre face de ce phénomène — que vous avez peut-être vécue aussi. Cette rencontre avec quelqu'un chez qui quelque chose résonne immédiatement positivement, sans raison apparente. Un collègue avec lequel la collaboration coule naturellement. Un associé dont la vision complète la vôtre sans effort. Un manager dont la présence apaise là où d'autres crispent.
Ce n'est pas non plus le fruit du hasard. C'est une résonance sensible — créatrice cette fois.
Deux personnes dont les qualités naturelles se complètent, dont les forces respectives nourrissent les manques de l'autre sans les activer défensivement. L'énergie circule. La collaboration s'enrichit. Quelque chose se crée qui n'existait pas avec quelqu'un d'autre.
La résonance sensible peut donc partir dans deux directions — vers la destruction ou vers la création. Ce qui fait la différence, c'est la conscience de ce qui se joue, et la capacité de chacun à accéder à ses qualités naturelles sans basculer dans leurs excès. Un vrai travail de connaissance personnelle.
De la fission à la fusion

En physique nucléaire, la fission est la désintégration d'un noyau lourd sous l'impact d'un neutron. Elle libère une énergie considérable — mais en détruisant ce qu'elle touche. C'est l'image de la résonance sensible destructrice : deux systèmes qui se percutent, se fragmentent, libèrent une énergie qui se consume dans la destruction.
La fusion, elle, est le contraire. Deux noyaux légers qui s'unissent pour en former un plus stable — en libérant encore plus d'énergie que la fission, mais cette fois en créant quelque chose de nouveau avec un potentiel de durabilité optimal.

C'est ce qui devient possible quand la résonance sensible bascule vers le créateur.
Quand chacun s'autorise enfin la qualité qu'il s'était interdite — quand le mécanisme est éclairé, nommé, compris — l'énergie qui se consumait dans la destruction peut se transformer. Deux personnes qui se percutaient commencent à se compléter. Ce qui semblait incompatible devient complémentaire, épanouissant pour tous.
Comme deux cordes de guitare qui, accordées à la même fréquence ou sur des fréquences harmoniques d’un son, ne se parasitent plus — elles résonnent ensemble et créent une harmonie qui n'existait pas tant qu'elles vibraient chacune dans leur coin.
"La résonance sensible" — destructrice ou créatrice. C'est à nous de voir.
Ce que ça change concrètement
Dans mes accompagnements en médiation et en coaching relationnel, reconnaître la résonance sensible change tout à l'approche.
Quand Sophie et Thomas comprennent que leur tension n'est pas un problème de personnalités — mais le signal d'une résonance entre deux mécanismes qui se correspondent exactement — quelque chose se dénoue. La charge personnelle disparaît. On n'accuse plus l'autre d'être la cause du problème. On commence à voir le mécanisme.
Et voir le mécanisme, c'est la première étape pour ne plus en être la victime.
La Boussole relationnelle est l'outil que j'utilise pour rendre ce mécanisme visible — individuellement et collectivement. Elle cartographie ce qui se joue dans la résonance pour vous donner à voir vos clés personnelles : les qualités naturelles, leurs excès, les besoins réels qui attendent d'être nourris. Et aussi les confusions « qualité-excès » et les compensations qui tentent de combler le manque initial.
Ce n'est pas en forçant ni en évitant que la résonance sensible bascule vers le créateur. C'est en éclairant ce qui se joue vraiment — de part et d'autre.
Vous reconnaissez-vous ?
Dans votre équipe, dans votre organisation, dans votre vie personnelle — y a-t-il une relation dans laquelle vous sentez cette résonance ? Destructrice ou créatrice ?
Si c'est destructrice — sachez qu'il existe une sortie. Et que la voir, c'est déjà commencer à en sortir.
"La résonance sensible" — destructrice ou créatrice. C'est à nous de voir.
✦ Découvrez mon approche → lioneldrouvin.com
Lionel Drouvin est médiateur et coach en relation. Il accompagne dirigeants, entrepreneurs, responsables d'association — et toute personne qui souhaite comprendre ce qui se joue dans ses relations — à traverser les résonances destructrices et cultiver les créatrices. Adhérent de l’association Convergence



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