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Entrer en médiation — une opportunité de se retrouver

23 août
16 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Par Lionel Drouvin — Médiateur & Coach en relation

 

La médiation, on peut la voir comme étant seulement une approche dans laquelle deux parties, ou plus, se réunissent pour s'exprimer, s'écouter puis possiblement parvenir à s'entendre sur les conditions de la résolution du conflit qui s'est entre elles déclaré. C'est effectivement cela, et c'est bien plus que cela.


Claire et Olivier — quand le lien se dégrade

  • Pour une raison que chacun ignore, leur relation s'est dégradée. Claire, dont la qualité d'écoute empathique est connue et saluée par toutes et tous, s'est progressivement mise en retrait, jusqu'à quasiment ne plus s'exprimer en présence d'Olivier. Elle s'efface lors des réunions de chefs de service. Olivier, connu pour être quelqu'un d'affirmé et proactif, est devenu dur, presque cassant dans sa relation avec Claire.


Ce malaise commence à sérieusement impacter la qualité de leur travail, si bien qu'après quelques semaines et plusieurs rencontres pour parler de cette difficulté apparente, Jean, CEO de l'entreprise, décide de les réunir à nouveau et leur propose de faire une médiation. L'intention posée par Jean est triple : retrouver une bonne entente dans les services, faire en sorte que le conflit déclaré entre eux n'impacte plus ni leur bien-être respectif ni la bonne ambiance qui règne dans l'entreprise, et renouer avec les bons résultats, résultats qui se sont sensiblement dégradés depuis quelques semaines.


La médiation — un espace profondément humain

La médiation ouvre un lieu dans lequel quelque chose de profondément humain se joue pour les parties en présence.

Avec celles-ci, la médiatrice ou le médiateur sont à la fois les acteurs-actrices et les témoins privilégiés de cette humanité. Le rôle de ce dernier ou dernière n'est pas de trancher, de juger, ni de décider à la place des personnes. Il est de créer les conditions dans lesquelles chacune d'elles peut s'exprimer avec authenticité, être entendue avec légitimité, et retrouver progressivement sa capacité à entrer en relation avec l'autre — par-delà le conflit.


Ce qui se joue dans cet espace dépasse souvent ce que les personnes anticipaient en y entrant. La médiation n'est pas seulement un outil de gestion des conflits — c'est un chemin vers quelque chose de plus essentiel.


Choisir la médiation — le courage de se retrouver

  • Quand Jean leur a proposé la médiation, Claire et Olivier n'ont pas dit oui immédiatement. Claire a hésité. Olivier a résisté. C'est normal. C'est humain. Et c'est presque toujours le cas.

    Car choisir d'entrer en médiation — c'est courageux.


Ce courage — le cœur en action — c'est celui de nous donner l'opportunité de retrouver une part ou expression de nous-même que nous avons perdue — que nous avons égarée, que nous avons dû occulter pour survivre, et que nous continuons de tenir à l'écart à grand renfort d'énergie. Et c'est aussi offrir cette même opportunité à l'autre de faire de même — cet autre vu dans l'instant comme opposé, comme un adversaire, voire un ennemi.


Ce choix suppose d'accepter de sortir de la posture de celui ou celle qui a raison, pour entrer dans celle de quelqu'un qui cherche — non pas à gagner, mais à retrouver quelque chose de bien plus précieux que tout trophée.

Car dans le conflit, ce que nous défendons avec le plus de véhémence cache souvent ce dont nous manquons le plus. Et ce manque, nous ne le voyons plus. Il est enfoui sous des couches de certitudes, de protections, de stratégies de survie et des pratiques compensatrices accumulées depuis longtemps.


  • Claire et Olivier ne le savaient pas encore. Mais en acceptant d'entrer en médiation, ils venaient de faire le premier pas. Un pas vers eux-mêmes.


Il ne s'agit pas de gagner — mais de retrouver ce que nous avons perdu de vue

  • Claire accuse Olivier de s'être endurci, blindé. Olivier reproche à Claire de s'être effacée, presque éteinte. Chacun campe sur sa position. Chacun est convaincu que l'autre est le problème.


C'est souvent là que commence la médiation.


Il ne s'agit pas de gagner quelque chose, ni de vaincre ni de convaincre l'autre. Non — cela serait contre-productif. Il s'agit seulement de retrouver quelque chose qui est déjà là, mais que nous avons perdu de vue dans de multiples combats — des combats contre soi-même, avant tout.

Ce que nous avons perdu nous manque terriblement. Et même si elles nous en donnent l'impression durant un laps de temps souvent bien court, les diverses compensations — dont de nombreuses sont souvent délétères pour notre vie et notre santé — que nous avons mises en place ne peuvent pas combler ce manque abyssal. Au contraire, petit à petit, elles vont accentuer les frustrations dues au manque initial, en nous poussant toujours plus dans l'excès, excès qui vont à leur tour nous frustrer.


Une précision s'impose ici : ce ne sont pas les compensations qui posent problème en soi. Elles sont naturellement les bienvenues. Une personne qui perd l'usage de la vue va compenser avec ses autres sens. Une mère ou un père qui se retrouve seul.e pour élever ses enfants va compenser de manière naturelle l'absence de l'autre parent. C'est là où nous avons à être vigilants, face aux pratiques compensatrices que notre égo-mental met en oeuvre sans notre validation, et aux frustrations que ce mécanisme développe en nous.


Une des clés du conflit se trouve ici. Non pas dans ce que l'autre a dit ou fait. Mais dans ce que cela a réveillé en nous : un manque qui ravive une blessure parfois très ancienne — le réveil d'un besoin fondamental oublié, délaissé depuis trop longtemps, et le souvenir d'une qualité naturelle que nous nous sommes interdite, quasi depuis toujours.

De tout cela, nous en avons fait un secret. Un secret enfoui dans un coffre blindé et étriqué que nous gardons jalousement.


La médiation redonne de l'ampleur et de la fluidité,

c'est-à-dire de l'espace mobile pour que toutes choses et énergies présentes — qui s'étaient contractées à cause du manque, puis figées sous la pression — se déploient à nouveau et retrouvent du mouvement. En mobilisant les qualités d'attention, d'expression et d'écoute, la médiation permet à ces réalités de remonter à la surface — à un rythme qui respecte chacun·e pour y être considérées.


  • En réalité, Claire et Olivier ne cherchent pas à avoir raison. Ils cherchent à être reconnus, à être considérés et respectés pour qui il et elle sont — pour des raisons diverses, des raisons en partie communes. Ce n'est pas la même chose.


Démonter l'échafaudage — retrouver ses qualités-naturelles et ses besoins-réels

  • Claire s'est effacée pour ne pas risquer de devenir trop présente, prise par la peur inconsciente de devenir étouffante. Olivier s'est durci pour ne pas risquer d'exposer sa vulnérabilité, pris par la peur inconsciente de paraître faible.

    Chacun a édifié son propre échafaudage de protection. Chacun est convaincu qu'il lui est indispensable...

    Et pourtant.


Pour compenser nos manques, nous avons été poussés à empiler tout un tas de choses les unes sur les autres. Tout cet échafaudage fait de bric et de broc compensatoires, il convient de le reconnaître pour ce qu'il est — et de le démonter. Éclairer les frustrations. Progressivement. Respectueusement. À son propre rythme. Alors même que nous sommes persuadés qu'il nous est indispensable pour notre sécurité et notre survie.


Le lieu de la médiation y est propice.

Il s'agit de nous ré-approprier ce qui nous appartient : le totum de nos qualités-naturelles, y compris celles dont nous nous sommes interdit l'accès. Et de nous autoriser alors à reconnaître et à nourrir nos besoins-réels — des besoins laissés en friche, voire niés depuis bien trop longtemps.


  • Sous l'effacement dans lequel Claire se réfugie : une écoute empathique qui cherche à être stabilisée, et une affirmation qui demande à être libérée.

    Sous le durcissement qui piège Olivier : une proactivité affirmée qui cherche à être soutenue, et une douceur qui demande à s'exprimer librement.


C'est précisément là qu'intervient la Boussole relationnelle — un outil que j'ai développé sur les bases du quadrant d'Ofman pour accompagner sur le chemin de retour à soi. Elle cartographie ce qui se joue dans la résonance sensible entre les personnes — les qualités naturelles de chacun·e, leurs excès, les besoins réels qui attendent d'être reconnus.

La Boussole éclaire les confusions entre une qualité et son excès, et crée les conditions pour que chacun.e retrouve le chemin vers lui-même.


La médiation — un lieu où chacun vient tel qu'il est

  • La première réunion de médiation commence. Claire, Olivier — et moi en tant que médiateur, neutre, indépendant et multi-partial — je prends parti pleinement pour l'un et pleinement pour l'autre, simultanément. Claire arrive tendue. Olivier arrive sur la défensive. Aucun des deux ne sait vraiment ce qui va se passer. Aucun des deux ne sait s'il sera entendu, compris, jugé, soutenu.


La médiation concrétise un lieu de mise en commun nourri de ce que chacun·e amène volontairement — sans y être forcé. Dans cet espace qui s'ouvre, chacun·e vient avec son histoire, ses certitudes et ses doutes, ses qualités et ses excès, ses émotions et ses sentiments, ses besoins à faire connaître — ou simplement à reconnaître. Avec ses secrets aussi, des secrets dont on n'a pas conscience et que l'on garde pourtant caché, bien enfoui.


En tant que médiateur, je suis garant que tout élément apporté par chaque partie ait le droit de cité, que chacun·e ait la place nécessaire pour exprimer sa parole libre — dans le cadre bienveillant prédéfini et consenti. Chacun·e a la légitimité d'être entendu.


  • La réunion débute dans une tension palpable. C'est compréhensible. S'expriment d'abord des jugements, des reproches, des invectives — et des bouts d'histoire, un mélange de faits et d'interprétations vus et vécus par chacun. Puis, au fil des reformulations et des écoutes, la réalité se précise. Viennent alors des émotions entrecoupées de silences, de quelques larmes douloureuses. Enfin, des besoins essentiels sont exprimés, entendus, reconnus, considérés. Il y a maintenant de la détente sur les visages et dans les corps qui respirent.

    Quelque chose se dépose. Quelque chose se retrouve.


C'est de tout cela que sont constitués les accords — qu'ils aboutissent en un écrit ou qu'ils restent sous la forme verbale, des verbes agissants dans les échanges que la relation sauvegardée a générés.

De la médiation, chacun·e a la possibilité de repartir avec — à minima — une ouverture à ce qui lui est précieux : une part de lui-même retrouvée.


La médiation comme prévention — avant que le conflit ne s'embrase

  • Claire et Olivier auraient pu ne jamais en arriver là.


Les signaux étaient là — au début faibles et pourtant là. Un silence qui s'installe là où il y avait de l'échange. Une réunion qui se tend imperceptiblement. Une personne qui se met en retrait. On le sent. On le sait. Mais souvent, on ferme les yeux, on se tait.

Ces micro-signaux disent qu'il y a de la surchauffe — que quelque chose demande à être constaté, entendu, considéré.


La médiation n'intervient pas seulement après que le conflit s'est déclaré. Elle peut aussi s'inscrire en amont — comme outil de prévention, de régulation douce des tensions qui couvent, de gestion des Risques Psychosociaux.


Dans une organisation, une équipe, une association, une famille — intervenir tôt, c'est maintenir la fraîcheur de la fluidité des liens. C'est choisir de prendre soin de la relationavant que le torchon brûle. C'est choisir l'ombre qui protège de l'excès de chaleur plutôt que celle qui occulte et favorise le chaos.


  • Claire et Olivier ont choisi la médiation après. Et sans le présager, ils se sont offerts de précieux cadeaux.

    • Pour Claire, celui de voir qu'elle peut pleinement s'affirmer au travail sans perdre sa qualité d'écoute et d'empathie — que ce sont là des besoins réels essentiels pour elle.

    • Pour Olivier, celui de s'autoriser à mettre en alliance sa qualité de proactivité avec celle d'être quelqu'un d'attentionné — des besoins réels essentiels pour lui.


Ils se sont mutuellement aidés dans cette prise de conscience. Ils s'en serviront dans les actions qui suivront.


Les obstacles habituels à l'entrée en médiation

Choisir la médiation, c'est déjà choisir de prendre soin de la relation. Et pourtant, quelque chose retient souvent les personnes au seuil de cet espace.


Les obstacles sont avant tout des peurs :

  • La peur de perdre quelque chose — un avantage, une position, un droit acquis.

  • La peur de perdre la face devant un tiers.

  • La peur d'être confronté à une vérité que nous préférons passer sous silence.

  • La peur de devoir reconnaître ses torts, ses erreurs.

  • La peur de découvrir quelque chose de nous-même tenu secret — et de voir s'écrouler l'édifice que nous maintenons debout coûte que coûte.

Avec toutes ces peurs, nous avons tendance, malgré nous, à nous arc-bouter sur notre position. Nous en remettre à un juge qui va décider pour nous — comme un parent le ferait pour son enfant. Ainsi, plutôt que de prendre nos responsabilités, nous nous en délestons. Et sans nous en rendre vraiment compte, c'est bien souvent cette posture d'enfant que nous adoptons alors.


Il n'y a pas de jugement à avoir ici. Car le conflit appuie sur des blessures d'enfant. Et ce faisant, il nous les révèle — et nous donne l'opportunité d'en prendre soin en pleine responsabilité.

Pourtant en médiation, personne n'a rien à abandonner au profit de l'autre. Ni rien à sacrifier. Il s'agit au contraire de nous réapproprier ce qui a été perdu par chacun·e : les qualités-naturelles que nous nous sommes interdites, les besoins-réels laissés en friche depuis trop longtemps.


La peur la plus profonde est peut-être celle-ci :

sortir d'une zone d'inconfort que nous supportons — et que nous prenons pour une zone de confort — pour être confronté à un inconfort que nous percevons insupportable. C'est précisément ce que la Boussole relationnelle éclaire — ces zones que nous fuyons et qui pourtant recèlent ce dont nous avons le plus besoin de reconnaître et de considérer.


Une des conditions fondamentales de la médiation, c'est l'engagement volontaire des deux parties. Sans cela, rien n'est possible. Claire et Olivier ont finalement dit oui — parce que quelque chose en eux savait que ce qu'ils vivaient coûtait trop cher. À eux. À leur relation. À leurs proches. À l'entreprise.


Un obstacle plus profond — ces secrets que nous portons sans le savoir

Il existe un autre type d'obstacle à entrer en médiation — et à entrer dans le chemin de la connaissance de nous-même. Un obstacle plus diffus, plus profond, plus difficile à nommer. Un obstacle caché par une zone de flou. Derrière un brouillard mental qui va et vient, celui-là ne se voit pas. Il ne se formule pas facilement. Et pourtant il agit, souvent plus puissamment que tous les autres obstacles réunis. Il agit en amont des autres.

Je parle ici de secrets que nous portons — sans le savoir.


D'une part, une sorte de secrets dont nous ne sommes pas les auteurs mais les héritiers. Un héritage génétique, familial, social, culturel — tissé avant même notre naissance et absorbé dès l'enfance, sans que nous ayons jamais eu le choix de l'accepter ou d'en refuser le poids.

D'autre part, à ces secrets hérités s'ajoutent ceux que nous avons construits nous-mêmes — tout ce que nous avons dû mettre à l'écart pour rester inclus dans la tribu. Nos qualités-naturelles refoulées. Nos besoins-réels oubliés. Des expressions de nous-même que nous avons apprises à tenir à distance pour ne pas risquer le rejet ou l'exclusion. Ces deux types de secrets s'entremêlent jusqu'à devenir indiscernables l'un de l'autre.


Il y a une charte invisible que chacun signe dès l'enfance sans le savoir. Elle dit ce qui a droit de cité* — ce qui peut être exprimé, vécu, montré. Et ce qui n'en a pas — ce qui doit être tu, occulté, et que nous finissons par nier, par renier. Ce qui est hors de la charte est perçu comme un danger. Ce qui y est comme une sécurité.

Cette inversion — comme bien d'autres — mérite d'être questionnée car elle est au cœur du mécanisme. Et elle y est ancrée si profondément qu'elle agit comme un réflexe de survie — viscéral, immédiat, inconscient.

* Droit de cité : Dans l'Antiquité, le terme "cité" désignait une communauté politique de citoyens partageant les mêmes lois et un même territoire.


Cette charte n'est pas mauvaise en elle-même — elle contient aussi de bonnes choses, des valeurs, des ressources. Mais ce qu'elle exclut recèle ce dont nous avons particulièrement besoin pour révéler tout notre potentiel, pour exprimer qui nous sommes de façon stable et évolutive.


Entrer en médiation, c'est aussi choisir de nous approcher, voire d'entrer dans cette zone de flou afin de pouvoir y mettre du clair. Pas pour tout voir ni tout dénouer en une fois — ce serait illusoire. Mais au moins pour commencer à percevoir ce qui nous appartient vraiment et ce qui appartient à un héritage et aux croyances conditionnées que nous n'avons pas choisis.


La Boussole relationnelle peut éclairer le chemin — en rendant visible ce qui nous piège et ce qui nous allergise, respectivement nos refuges et nos dépendances. Là où les secrets les plus profonds trouvent souvent leur expression, là où nous pouvons les dévoiler.


L'espace tiers vivant — ce qui existe entre vous

  • Claire et Olivier, avant que tout se dégrade.

    Trois ans de collaboration fluide. Des réunions qui avancent. Des décisions qui se prennent naturellement. Une confiance tacite. Ce sentiment que l'autre est là, qu'on peut compter sur lui.

    Ce que ni Claire ni Olivier ne voyaient alors — c'est qu'entre eux existait quelque chose de précieux. Un espace. Ni à Claire. Ni à Olivier. Mais entre eux. Un espace de respect et de considération, nourri de leurs échanges, de leurs différences, de leur complémentarité. Un espace dans lequel chacun·e collaborait de façon naturelle avec ses qualités, où chacun·e nourrissait ses besoins essentiels. Un espace qui produisait quelque chose qu'aucun des deux n'aurait pu produire seul.


Cet espace je l'appelle "l'espace tiers vivant".


En écologie, on appelle écotone la zone de transition entre deux écosystèmes — entre la forêt et la plaine, entre la côte et la mer, entre une rivière et les prairies qui la bordent, entre deux courants d'eau à différentes températures dans l'océan. Même en friction — et parce qu'elles sont en friction — ces zones frontières sont parmi les plus riches en biodiversité de la planète.

* du grec Oikos : "maison, habitat" et Tonos : "action de tendre, tension"


C'est exactement ce que je vois dans une relation entre deux personnes. Entre leurs deux espaces individuels existe un troisième espace — vivant, fertile, généreux. Ces espaces en friction se donnent, sans contraction, sans sur-tension ni sous-tension. Sans se porter préjudice. Ils apportent naturellement leur plénitude.


  • Entre Claire et Olivier, en peu de temps quelque chose a changé. À leur insu, sous l'effet d'une tension croissante et de divers excès qui s'alimentent mutuellement, cet espace tiers vivant s'est contracté. Car perçu inconsciemment par chacun·e comme dangereux, ils s'en sont retirés — créant un vide. Pourtant, c'est précisément là, dans cet espace qu'ils fuient, que se trouvent les qualités-naturelles et les besoins-réels que chacun s'interdit d'approcher.


Le médiateur vient temporairement habiter et prendre soin de cet espace — le maintenir ouvert, le rendre à nouveau accessible — jusqu'à ce que les personnes puissent y revenir par elles-mêmes. Jusqu'à ce que l'espace tiers vivant reprenne sa juste place et rejoue son rôle de médiateur naturel.

La médiation n'est pas une exception dans la vie des relations. C'est un retour à ce qui était déjà là.

Découvrez ma vision complète du médiateur : https://www.lioneldrouvin.com/mediation


Claire et Olivier — épilogue

  • Après quatre séances de médiation, quelque chose s'est profondément déplacé entre eux.

    Avec l'aide du médiateur, chacun a pu exprimer ce qu'il vivait — et comment il le vivait. Les reproches et les jugements respectifs ont été posés, entendus, accueillis grâce à la présence du médiateur en qualité de tierce personne. Les faits concrets ont été nommés tels que chacun les percevait depuis son expérience. Les sentiments ont été exprimés. Les émotions, osées.

    Peu à peu, leurs qualités-naturelles respectives ont émergé. Les interdits inconscients qui leur faisaient obstacle ont été levés — sans peur de ne pas être assez ceci, ni peur d'être trop cela.


C'est alors que le point de bascule s'est produit.

  • Le moment où Claire et Olivier se sont sentis véritablement entendus — l'un par l'autre. Guidés en ce passage sensible par le médiateur, ils ont découvert que leurs besoins-réels profonds étaient remarquablement similaires. Que ce qu'ils cherchaient, chacun de leur côté, se ressemblait bien plus qu'ils ne l'auraient cru — et qu'ils ne pouvaient le voir tant que l'énergie du conflit déclaré occupait tout l'espace et accaparait toute leur attention.


  • Ils ont alors finalisé la rédaction d'un protocole d'accord sous seing privé*. Et posé ainsi les bases d'une relation nouvelle — non seulement libérée de nombreux conditionnements qui les pilotaient à leur insu, mais enrichie par leur découverte à propos d'eux-mêmes.

    Ils ont pris responsabilité de ce qu'ils vivaient. Et trouvé leurs propres solutions — des solutions que personne n'aurait pu imaginer tant que le conflit déclaré imposait sa tension sur leur relation. Des solutions mises en commun, dont ni l'un ni l'autre ne revendique la propriété.


C'est ça aussi, la médiation.

Toutes les médiations ne se finalisent pas ainsi — et c'est une réalité. Il arrive aussi, dans environ un tiers des cas, que les parties se séparent sur un constat de non-accord. Mais même lorsque c'est le cas, la médiation permet à chacune et chacun de faire un chemin vers lui-même — et donc vers l'autre. Il faut parfois plus de temps pour que les bénéfices de la médiation se concrétisent.

* Un protocole d'accord sous seing privé rédigé à l'issue de la médiation peut être présenté à un juge pour homologation, lui donnant ainsi une valeur officielle et une force exécutoire.


Retrouver le point de bascule — et la première clé

Il existe un point par lequel les personnes basculent dans le conflit avéré. Ce même point — traversé dans l'autre sens — permet d'en sortir.


  • Trois mois plus tôt, Claire et Olivier l'avaient franchi pour basculer dans la sur-tension. Quatre séances de médiation plus tard, ils l'ont retrouvé ensemble — pour le traverser dans l'autre sens. Vers une relation fluidifiée, apaisée, respectueuse et fructueuse. Pour le meilleur.

    Et c'est précisément là, dans ce nœud que le conflit avait formé, qu'ils ont trouvé la première clé pour en desserrer l'emprise.


Le nœud du conflit— et ce qu'il recèle

Il existe un obstacle plus profond que tous les autres. Plus diffus. Plus difficile à nommer. Sortir d'une zone d'inconfort devenue supportable au fil du temps — et que nous prenons pour une zone de confort — pour affronter un inconfort que nous percevons comme insupportable.


C'est là que se trouve le nœud. C'est là que se trouve aussi la première clé.


La difficulté à cette étape, c'est de passer outre la peur de toucher à ce nœud. Si on le desserre, qu'est-ce qui va tenir et qu’est-ce qui va s'effondrer ?

Notre cerveau — selon nos vecteurs* plus ou moins à l’œuvre — s'inquiète plus de ce que nous risquons de perdre qu'il ne se réjouit de ce que nous pourrions gagner. Il y a bien souvent de l'appréhension, voire de l'angoisse face à ce que l'on ne connaît pas.


Et pourtant — c'est précisément là, dans ce nœud, que se trouvent enserrées et bloquées les qualités-naturelles que nous nous sommes interdites, les besoins-réels que nous avons oubliés. Et aussi cette zone secrète que nous défendons sans trop savoir ce qu’il y a dedans : un espace de manque que nous avons tenté de combler par des compensations de circonstances qui accentuent les frustrations et nous poussent toujours plus dans l'excès.

* Les vecteurs, au nombre de 8, sont les différentes parties de nous qui cherchent à s’exprimer, à être nourries. Ils indiquent les ressources que nous avons pour cela. https://communication-vectorielle.fr/


La première clé

Celle qui permet de se retrouver soi-même — conscient, et donc plus libre des conditionnements, de leur emprise et de leur influence. Qui facilite l’émergence des idées et solutions neuves pour sortir des stratégies inefficaces mises en place jusque-là. Qui nous aide à tisser des liens sains et des relations fluides en étant plus pleinement soi-même, ensemble.


Gilbert Simondon* parlait du "Nous" — la structure relationnelle permettant à chaque individu qui y participe de devenir plus pleinement lui-même.

J'adhère pleinement à cette vision. La médiation en est l'un des chemins — un espace où le "Nous" peut se reconstruire. Où chacun peut retrouver sa juste place, et où la relation peut reprendre vie.

* Philosophe français du XXᵉ siècle (1924-1989)


Pour aller plus loin

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Je suis médiateur et coach en relation. J'accompagne dirigeants, entrepreneurs et responsables d'association à prévenir ou à traverser les conflits, à transformer les dynamiques relationnelles et avancer ensemble pour le meilleur — en Hauts-de-France.

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