Le point de bascule
- Lionel Drouvin
- 4 août
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 août
Quand la médiation ouvre une porte inattendue
Par Lionel Drouvin — Médiateur & Coach en relation
L'expression "point de bascule", je l'ai découverte lors de ma formation initiale de médiateur avec la pratique de la Communication Non-Violente. Ce moment où, lors d'une médiation, les deux personnes en conflit prennent conscience à la fois de ce qui est important pour elles et pour l'autre. L'instant où chaque personne parvient à se considérer elle-même et à considérer l'autre dans ses besoins essentiels. Et de voir que, finalement, ces besoins se rejoignent.
Un passage — pas une destination

Ce point, je le vois comme un passage. Une porte d'accès — pour sortir de soi, et aussi pour y revenir.
Ce qui le rend si particulier, c'est qu'il fonctionne dans les deux sens. Le point de sortie de soi révèle aussi celui du retour à soi. La même porte. Le même seuil. Mais traversé dans la direction opposée.
Et c'est précisément là que réside toute la puissance de la médiation.
Quand le conflit nous met hors de nous
Lorsque deux personnes sont en conflit déclaré, la tension qui existe en l'un et l'autre des protagonistes — et qui a contaminé leur relation — peut être extrême. Elle possède suffisamment de force pour que chacun se recroqueville et se réfugie dans une position de survie, un écho à la position fœtale.
À cet endroit, on connaît les stratégies disponibles : la fuite, le combat, l'inhibition. C'est neuro-psycho-physiologique. En un instant-réflexe, le cerveau choisit la stratégie qui lui semble la mieux adaptée — souvent celle qui a été la plus utilisée au fil des expériences de vie. Celle qu'il connaît le mieux.
À ce moment-là, ce n'est plus nous qui dirigeons. Nous lâchons nos commandes et laissons la main à un mécanisme toujours prompt à nous piloter.
Chacune et chacun, selon son seuil de tolérance et ses perceptions, va se réfugier à son insu dans une posture de survie — pour finalement se retrouver hors de soi. Les conséquences vont du mineur au dramatique. Elles ne sont jamais anodines.
La remontada — le chemin du retour
Sortir de ses gonds ne demande aucun effort. Il suffit de se laisser embarquer par l'histoire que raconte le mental-égo, empreinte d'émotivité exacerbée et de certitudes apparentes.
C'est comme la nasse d'un filet de pêche — sauf qu'ici tout est inversé. Le courant des réflexes conditionnés nous pousse vers l'extérieur de nous-même, dans une sorte de grande cour de prison à qui l'on donne des airs de liberté. Le salut lui demande de résister et de remonter le courant jusqu'au plus près de la source : soi. C’est l’acceptation de la situation vécue mais pas le renoncement à faire quelque chose de bien de ce qui nous parvient.
La remontée est plus ou moins délicate selon là où l'on en est. Voire périlleuse. Mais la remontada est toujours possible.
L'exemple de Sophie et Marc
Sophie et Marc travaillent ensemble depuis trois ans. Leur relation professionnelle s'est peu à peu tendue, jusqu'à devenir invivable. Les non-dits ont pris toute la place. Marc ne supporte plus ce qu'il perçoit comme un manque de reconnaissance de la part de Sophie. Sophie se sent seule à porter la responsabilité du projet.
En médiation, après plusieurs échanges tendus, quelque chose se passe. Marc dit — plus bas, presque pour lui-même : "Ce que je voulais, c'est juste qu'on reconnaisse ce que j'apporte." Sophie s'arrête. Elle dit : "Moi aussi. C'est exactement ça."
Un silence.
Ce n'est pas un accord. Ce n'est pas une solution. C'est un regard — un vrai regard — posé sur l'autre pour la première fois depuis longtemps. Chacun a entrevu, derrière la tension de l'autre, le même besoin fondamental : être vu, être reconnu, être considéré
C'est ça, le point de bascule.
La Boussole relationnelle — une ressource pour faciliter le chemin

Sur ce chemin qui mène au point de bascule, certains outils peuvent aider à préparer le passage — à éclairer ce qui se joue avant même d'entrer en médiation, ou pendant.
La Boussole relationnelle est l'un d'eux.
Elle cartographie ce qui se joue dans la résonance sensible — la peur de ne pas être assez ceci et celle d’être trop cela ; les qualités naturelles de chacun, leurs excès, les besoins réels qui attendent d'être reconnus. Elle éclaire la confusion entre une qualité et son excès — ce moment où la fermeté devient rigidité, où la sensibilité devient mollesse et inconsistance.
En rendant visible ce mécanisme — d'abord individuellement, puis collectivement — la Boussole crée les conditions pour que chacun retrouve le chemin vers soi. Elle devient une ressource pour franchir le point de bascule dans le sens du retour — non pas en forçant, mais en éclairant. Cette passe de haute-montagne se franchit dans l’évidence du réel.
Parce que lorsque l'on a vu ce qui nous pousse hors de nous-même, on dispose de repères pour y revenir. Plus vite. Plus consciemment.
Le rôle du médiateur — guider vers le passage
Une grande partie du travail du médiateur est de faciliter pour les personnes en conflit le chemin qui mène à ce point de bascule — à ce passage à double sens.
Pour cela, il est essentiel de refaire contact, de retisser le lien, de redonner tout l'espace nécessaire à la relation et à la communication entre les personnes. Être un guide pour les deux parties vers ce point où chacune s'est quittée elle-même — et d'où le retour est possible.
Ce qui se vit sur ce chemin — possiblement escarpé pour chacune — est mutuellement enrichissant. Précieux pour les deux.
Puis, comme pour le temps d'étale à chaque haute et basse mer — ce moment suspendu entre deux mouvements — considérer cet endroit clé et choisir de le traverser à nouveau, en sens retour, un retour vers l’intime.
Une porte que l'on apprend à reconnaître
Lorsque l'on a rencontré et traversé ce passage une fois, on sait y retourner plus facilement.
Les sorties de route sont de moins en moins fréquentes. De plus en plus limitées dans le temps. Et ce qui était vécu comme une perte de contrôle totale devient progressivement un signal — un repère — qui dit qu'il est temps de revenir à soi.
Le point de bascule n'est pas une destination. C'est un passage qui donne à mieux se connaître, à reconnaître ses qualités et compétences, comme celles de percevoir puis voir la porte — et de choisir d’en franchir le seuil.
Pour s’inscrire dans le flux et franchir le chas de l’aiguille, il convient d’avoir lâché le superflu.
Pour aller plus loin :
La Boussole relationnelle — un outil de transformation à votre mesure → https://lioneldrouvin.github.io/boussole-relationnelle/
On n'éteint pas un conflit comme on éteint un incendie → https://www.lioneldrouvin.com/post/conflit-incendie-prendre-soin-relation
✦ Découvrez mon approche →lioneldrouvin.com
En qualité de médiateur et coach en relation, j'accompagne dirigeants, entrepreneurs et responsables d'association à traverser les conflits, à transformer les dynamiques relationnelles et avancer ensemble pour le meilleur — en Hauts-de-France et en métropole lilloise principalement.




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