Entrer en médiation — une opportunité de se retrouver
- Lionel Drouvin
- il y a 1 jour
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Par Lionel Drouvin — Médiateur & Coach en relation

On peut voir la médiation comme étant seulement une approche dans laquelle deux parties, ou plus, se réunissent pour s’exprimer, s’écouter puis possiblement parvenir à s’entendre sur les conditions de la résolution du conflit qui s’est entre elles déclaré. C’est effectivement cela, et c’est bien plus que cela. Et c’est ce ‘plus que ça’ qui possiblement présenter un obstacle à l’entrée en médiation.
Claire et Olivier — quand le lien se dégrade

Cela fait maintenant près de 3 ans que Claire et Olivier travaillent ensemble. Ils occupent des fonctions très complémentaires dans l’entreprise, Claire responsable du service qualité, Olivier dirige quant à lui le service des achats-produits. Jusqu’il y a 3 mois, leur relation était fluide et leur collaboration productive. Mais quelque chose a changé depuis lors.
Pour une raison que chacun ignore, leur relation s’est dégradée. Claire, dont la qualité d’écoute empathique est connue et saluée par toutes et tous, s’est progressivement mise en retrait, jusqu’à ne plus s’exprimer lorsqu’Olivier est présent, et devenir comme transparente dans leurs réunions. Olivier, connu pour être quelqu’un d’affirmé et proactif, est devenu froid, presque cassant dans sa relation avec Claire, et même avec ses collaboratrices-teurs.
Ce malaise commence à sérieusement impacter la qualité de leur travail. Si bien qu’après quelques semaines et plusieurs rencontres pour parler de cette difficulté relationnelle apparente, Jean, CEO de l’entreprise décide de les réunir à nouveau et leur propose de faire une médiation. L’intention posée par Jean est triple : que Claire et Olivier retrouvent leur bonne entente et le plaisir de travailler ensemble, faire en sorte que le conflit déclaré entre eux n’impacte plus ni leur bien-être respectif ni la bonne ambiance qui règne dans l’entreprise, et renouer avec les bons résultats qu’ils atteignaient il y a encore quelques mois, résultats indispensables pour la bonne santé économique de l’entreprise.
La médiation — un espace profondément humain
La médiation ouvre un lieu dans lequel quelque chose de profondément humain se joue pour les parties en présence.
Avec elles, la médiatrice ou le médiateur sont à la fois les acteurs-actrices et les témoins privilégiés de cette humanité. Leur rôle n’est pas de trancher, de juger, ni de décider à la place des personnes. Il est de créer les conditions dans lesquelles chacune d’elles peut s’exprimer avec authenticité, être entendue avec légitimité, et retrouver progressivement sa capacité à entrer en relation avec l’autre — par-delà le conflit.
Ce qui se joue dans cet espace dépasse souvent ce que les personnes anticipaient en y entrant. La médiation n’est pas seulement un outil de gestion des conflits — c’est un chemin vers quelque chose de plus essentiel.
Choisir la médiation — se donner l’opportunité de se retrouver

Selon moi, choisir d’entrer en médiation, c’est aussi se donner l’opportunité de retrouver une part de soi que l’on a perdue — que l’on a égarée, que l’on a dû occulter pour survivre, et que l’on continue de tenir à l’écart à grand renfort d’énergie. Et c’est aussi offrir cette même opportunité à l’autre de faire de même.
Ce choix est courageux. Il suppose d’accepter de sortir de la position de celui ou celle qui a raison, pour entrer dans celle de quelqu’un qui cherche — non pas à gagner, mais à retrouver.
Car dans le conflit, ce que l’on défend avec le plus de véhémence cache souvent ce dont on manque le plus. Et ce manque, on ne le voit plus. Il est enfoui sous des couches de conditionnements, de certitudes, de protections, de croyances et de stratégies de survie accumulées depuis longtemps.
Il ne s’agit pas de gagner — mais de retrouver ce que l’on a perdu de vue
Il ne s’agit pas de gagner quelque chose, ni de vaincre ni de convaincre l’autre. Non — cela serait contre-productif. Il s’agit seulement de retrouver quelque chose qui est déjà là, mais que l’on a perdu de vue dans de multiples combats — des combats contre soi-même, avant tout.
Et ce que l’on a perdu nous manque terriblement.
C’est souvent là que se trouve la clé du conflit. Non pas dans ce que l’autre a dit ou fait. Mais dans ce que cela a réveillé — ou ravivé — en soi. Une blessure ancienne. Un besoin fondamental non reconnu. Une qualité naturelle que l’on s’est interdite depuis trop longtemps.
La médiation, en créant un espace de ralentissement, d’attention et d’écoute, permet à ces réalités de remonter à la surface — doucement, à un rythme qui respecte chacun pour y être considérées.
Démonter l’échafaudage — retrouver ses qualités-naturelles et ses besoins-réels. Libérer l'oeuvre

Toutes ces choses que l’on a empilées les unes sur les autres, tout cet échafaudage de bric et de broc que l’on a été poussé à édifier pour compenser ces manques — tout cela, il convient de l’enlever, de le démonter. Alors même que l’on est persuadé qu’il nous est indispensable pour notre sécurité. Oui, il s'agit de libérer l'oeuvre : nous.
Ce faisant, et le lieu de la médiation y est propice, il s’agit de se réapproprier ce qui nous appartient : le totum de nos qualités-naturelles, y compris celles dont on s’est interdit l’accès. Et de s’autoriser alors à reconnaître et à nourrir nos besoins-réels — des besoins laissés en friche, voire niés depuis bien trop longtemps.

C’est précisément là qu’intervient la Boussole relationnelle — un outil que j’ai développé pour accompagner ce chemin de retour à soi. Elle cartographie ce qui se joue dans la résonance sensible entre les personnes — les qualités naturelles de chacun, leurs excès, les besoins réels qui attendent d’être reconnus. Elle éclaire les confusions entre une qualité et son excès, et crée les conditions pour que chacun retrouve le chemin vers lui-même.
→ Découvrez la Boussole relationnelle — https://lioneldrouvin.github.io/boussole-relationnelle/
La médiation — un espace de communauté où chacun vient tel qu’il est
La médiation concrétise un lieu de mise en commun nourri de ce que chacun·e amène volontairement, sans y être forcé — le médiateur y veille.
Dans cet espace de communauté recréée, chacun·e vient tel·le qu’il·elle est, avec son histoire, avec ses certitudes et ses doutes, avec ses qualités et ses excès, avec ses émotions et ses sentiments, avec ses besoins à faire connaître ou simplement à reconnaître.
La médiatrice ou le médiateur est garant·e que tout élément apporté par chaque partie ait le droit à la parole, ait la légitimité d’être entendu. C’est de tout cela que sont constitués les accords — qu’ils soient aboutis en un écrit ou qu’ils restent le verbe agissant des échanges que la relation sauvegardée a généré.
De la médiation, chacun·e a la possibilité de repartir avec — à minima — une ouverture à ce qui lui est précieux : une part de lui-même retrouvée.
La médiation comme prévention — avant que le conflit ne s’embrase

La médiation n’intervient pas seulement après que le conflit s’est déclaré. Elle peut aussi s’inscrire en amont — comme outil de prévention, de régulation douce des tensions qui couvent, des incompréhensions qui s’accumulent.
Dans une organisation, une équipe, une association, une famille — des signaux faibles précèdent toujours les conflits déclarés. Un silence qui s’installe là où il y avait de l’échange. Une réunion qui se tend imperceptiblement. Une personne qui se met en retrait. Ces micro-signaux disent qu’il y a de la surchauffe — que quelque chose demande à être constaté, entendu, considéré.
Intervenir à ce moment-là, c’est maintenir la fraîcheur de la fluidité des liens. C’est choisir de prendre soin de la relation — avant que le torchon brüle. C’est choisir l’ombre qui protège de l’excès de chaleur plutôt que celle qui occulte et favorise le chaos.
Les obstacles à l'entrée en médiation — et comment les traverser
Choisir la médiation est courageux. Et pourtant, quelque chose retient souvent les personnes au seuil de cet espace.
Quand Jean a proposé la médiation à Claire et Olivier, ni l'un ni l'autre n'a dit oui immédiatement. Claire a hésité. Olivier a résisté. C'est normal. C'est humain. Et c'est presque toujours le cas.
Les obstacles sont avant tout des peurs :
· La peur de perdre quelque chose — un avantage, une position, un droit acquis.
· La peur de perdre la face devant un tiers.
· La peur de montrer ses émotions et de se faire déborder par elles.
· La peur d'être confronté à une vérité que l'on préfère passer sous silence.
· La peur de faire face à ses erreurs et de ne pas savoir comment les réparer.
· La peur de devoir reconnaître ses torts — et de voir s'écrouler l'édifice que l'on maintient debout coûte que coûte.
· La peur d’être rejeté, abandonné, d’être jugé inadéquate, insuffisant.
Avec toutes ces peurs, on préfère s'arc-bouter sur sa position. S'en remettre à un juge qui va décider pour nous — comme un parent le ferait pour un enfant. Plutôt que de prendre ses responsabilités, on se déleste de sa responsabilité. On se persuade qu'on va gagner. Et c'est bien souvent cette posture d'enfant que l'on adopte alors.
Il n'y a pas de jugement à avoir ici. Car le conflit appuie sur des blessures d'enfant. Et ce faisant, il nous les révèle — et nous donne l'opportunité d'en prendre soin en pleine responsabilité.
Pourtant en médiation, personne n'a rien à abandonner au profit de l'autre. Ni rien à sacrifier. Il s'agit au contraire de se réapproprier ce qui a été perdu — par chacun. Les qualités-naturelles que l'on s'est interdites. Les besoins-réels laissés en friche depuis trop longtemps.
La peur la plus profonde est peut-être celle-ci : sortir d'une zone d'inconfort que l'on supporte — et que, par sur-adaptation, on prend pour une zone de confort — pour être confronté à un inconfort que l'on perçoit insupportable. C'est précisément ce que la Boussole relationnelle éclaire — ces zones que l'on fuit et qui pourtant recèlent ce dont on a le plus besoin.
Une des conditions fondamentales de la médiation, c'est l'engagement volontaire des deux parties. Sans cela, rien n'est possible. Claire et Olivier ont finalement dit oui — parce que quelque chose en eux savait que ce qu'ils vivaient coûtait trop cher. À eux. À leur relation. À l'entreprise.
Claire et Olivier — épilogue

Après quatre séances de médiation, quelque chose s’est profondément déplacé entre eux.
Avec l’aide du médiateur, chacun a pu exprimer ce qu’il vivait — et comment il le vivait. Les reproches et les jugements respectifs ont été posés, entendus, accueillis grâce à la présence du médiateur en qualité de tierce personne. Les faits concrets ont été nommés tels que chacun les percevait depuis son expérience. Les sentiments ont été exprimés. Les émotions, osées.
Peu à peu, leurs qualités-naturelles respectives ont émergé. Les interdits inconscients qui leur faisaient obstacle ont été levés — sans peur de ne pas être assez ceci, ni peur d’être trop cela.
C’est alors que le point de bascule s’est produit.
Le moment où Claire et Olivier se sont sentis véritablement entendus — l’un par l’autre. Guidés en ce passage sensible par le médiateur, ils ont découvert que leurs besoins-réels profonds étaient remarquablement similaires. Que ce qu’ils cherchaient, chacun de leur côté, se ressemblait bien plus qu’ils ne l’auraient cru — et qu’ils ne pouvaient le voir tant que l’énergie du conflit déclaré occupait tout l’espace et accaparait toute leur attention.
Ils ont alors finalisé la rédaction d’un accord sous seing privé*. Et posé ainsi les bases d’une relation nouvelle — non seulement libérée de nombreux conditionnements qui les pilotaient à leur insu, mais enrichie par leur découverte à propos d’eux-mêmes.
Ils ont pris responsabilité de ce qu’ils vivaient. Et trouvé leurs propres solutions — des solutions que personne n’aurait pu imaginer tant que le conflit déclaré imposait sa tension sur leur relation. Des solutions mises en commun, dont ni l’un ni l’autre ne revendique la propriété.
C’est ça aussi, la médiation.
Toutes les médiations ne se finalisent pas ainsi — et c’est une réalité que j’assume pleinement. Il arrive aussi, dans environ un tiers des cas, que les parties se séparent sur un constat de non-accord. Mais même lorsque c’est le cas, la médiation permet à chacune et chacun de faire un chemin vers lui-même — et donc vers l’autre. Il faut parfois plus de temps pour que les bénéfices de la médiation se concrétisent.
* Un protocole d’accord à l’issue de la médiation peut être présenté à un juge pour homologation et lui donner ainsi une valeur officielle et une force exécutoire
L'espace tiers vivant — ce qui existe entre vous

Dans toute relation fluide, il existe naturellement un espace commun entre les espaces individuels. Ni à l'un, ni à l'autre — mais entre les deux. Un espace nourri des échanges, des différences, de la complémentarité. Un espace qui produit quelque chose qu'aucun des deux ne pourrait produire seul.
Je l'appelle l'espace tiers vivant.
Lorsque le conflit s'installe, cet espace ne disparaît pas. Il se contracte, devient inaccessible — perçu inconsciemment comme dangereux. Et pourtant, c'est précisément là que se trouvent les qualités-naturelles et les besoins-réels que chacun s'interdit d'approcher.
Le médiateur vient temporairement habiter cet espace — en considérer la présence, le maintenir ouvert, le rendre à nouveau accessible — jusqu'à ce que les personnes puissent y revenir par elles-mêmes. Jusqu'à ce que l'espace tiers vivant reprenne sa juste place et rejoue son rôle de médiateur naturel.
→ Découvrez ma vision complète du médiateur — https://www.lioneldrouvin.com/mediation
Pour aller plus loin
• On n’éteint pas un conflit comme on éteint un incendie → https://www.lioneldrouvin.com/post/conflit-incendie-prendre-soin-relation
• Le point de bascule — quand la médiation ouvre une porte inattendue → https://www.lioneldrouvin.com/post/le-point-de-bascule
• La Boussole relationnelle — un outil de transformation à votre mesure → https://www.lioneldrouvin.com/post/boussole-relationnelle-outil-transformation
✦ Découvrez mon approche →
Je suis médiateur et coach en relation. J’accompagne dirigeants, entrepreneurs et responsables d’association à traverser les conflits, transformer les dynamiques relationnelles et avancer ensemble pour le meilleur — en Hauts-de-France principalement.



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